Muneeb et Samiah

Partie 1 - La Huit-Centième

Extrait officiel - © Les Trois Colonnes

Il était une fois, dans un pays lointain, un puissant empereur qui possédait sept cent quatre-vingt-dix-neuf concubines. Cet homme, éternellement insatisfait, en voulait deux fois le nombre. Pour tenter de mettre le couvercle sur sa convoitise et surtout conserver des sous, dans une année où le royaume était serré financièrement à cause d'une guerre avec un pays voisin qui n’en finissait pas, il y eut une importante réunion à la cour impériale un jeudi.On conseilla entre autres à l'empereur qu'il pouvait choisir encore une femme pour concubine s'il y tenait vraiment, mais qu'elle devait être la dernière, bouclant ainsi le nombre de compagnes à huit cents, ce qui était déjà beaucoup, même pour un empereur. Mais ce dernier n'était pas content. D'abord, il fut très mal à l'aise quand le sujet de ses dépenses et de ses innombrables maîtresses fut abordé par un jeune noble audacieux. Ensuite, il se sentit irrité, scandalisé même, par le fait que l'on voulait freiner son appétit et lui imposer une limite. Mais ce jeudi-là, au grand conseil, dans le grand salon de la cour où se passaient aussi les grands bals, la guerre ayant fait ses ravages, ses comptables ayant fait les comptes, un vieil ennemi ayant prononcé un discours et les personnalités éminentes de la cour ayant écouté, l'inassouvissable empereur dut s'y faire.Pour être sûr d'être satisfait par son dernier choix, peut-être même le plus important de sa vie, l'empereur, qui s'appelait Muneeb, voulut s'assurer que la huit-centième concubine serait si exceptionnelle qu'il renoncerait à jamais à l'envie d'en chercher une autre. Il désirait une femme qui rassemblerait en elle toutes les qualités des sept cent quatre-vingt-dix-neuf autres, avec en plus un je-ne-sais-quoi qu'aucune d'elles ne possédait.Comme l'empereur était jeune et très riche, quoique plein d'orgueil et de vanité, beaucoup de jeunes femmes se présentèrent à sa cour pour l'honneur d'être l'une de ses concubines.